L'interview de ThynoxUn graphiste nourrit à l'activisme depuis plus de 10 ans. La connexion était évidente entre Antonin alias Thynox et Soul Clap pour la réalisation du flyer d'Avril. Retour avec l'intéressé sur un CV déjà bien rempli.
Tu es graphiste depuis 10 ans quel à été ton parcours ?
Disons que je suis passé par pas mal de phases et de projets différents. En asso, en petite agence, en indé à l’étranger, et depuis bientôt 5 ans sous la bannière de Moka studio. J’ai pu expérimenter plusieurs manières de fonctionner, différents milieux, et aujourd’hui on a créé un collectif afin de mutualiser un lieu et des outils de boulot, de pouvoir créer ensemble tout en étant indépendants les uns des autres. Quel regard as-tu sur ces 10 années passées ? Je ne suis pas sûr d’avoir encore eu le temps de me poser pour me retourner ! Je suis vraiment content d’avoir pu participer à autant de projets, que ce soit dans le culturel, le professionnel, le personnel. Je me suis construit et enrichi avec ce parcours, par le biais des gens que j’ai pu rencontrer et des projets que nous avons eu à mener. Estimes-tu que la scène graphique a changé ? Oui pas mal, car la discipline est aujourd’hui beaucoup plus ouverte, transversale, et elle est devenue une composante indispensable dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Le graphisme s’est démocratisé, les outils ont évolué, donnant à tout un chacun la possibilité de s’exprimer par le biais de la création. Aujourd’hui une petite asso, un micro-label, peuvent exprimer un point de vue graphique, artistique et le diffuser facilement. De plus en plus d’indépendants arrivent sur le marché du travail, et je pense que c’est une bonne chose pour tout le monde. Ce qui, je trouve, manque encore en France est cette culture collective du graphisme et du design que l’on peut retrouver au Danemark ou en Allemagne par exemple... Quelle est pour toi la plus grosse évolution dans ce domaine (technique, pratique ..) ? En 2001 je devais bosser sur un pc avec 128Mo de RAM, une connexion de mickey et un graveur de cd pour faire des sauvegardes... C’est clair que l’évolution de l’outil informatique a amélioré considérablement le confort de boulot, et le web est devenu une source inépuisable d’inspiration, d’outils pratiques, de conseils et tutos en tous genres... En terme de créa je pense qu’on a fait pas mal de progrès en 10 ans sur l’utilisation de la typographie. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on est davantage attentifs à son choix, son placement, ce qui avait un peu été oublié dans les années 80/90. Si tu devais choisir trois artistes tous domaines confondus qui seraient-ils et pourquoi ? Mode II, car mes premiers liens avec le graphisme se sont construits avec le graffiti dans les années 90 (big up MGD !). A l’époque il retournait Paris, les pages de mags spécialisés et fait partie de ceux qui ont élevé le graff au rang d’art dans l’inconscient collectif. ?uestlove, puisque les Roots ont su développer un son et un état d’esprit inégalables. Précision, humilité, engagement, je me régale toujours de leurs vieux sons et chaque nouvelle galette est une vraie pépite. En photo, j’aime beaucoup le boulot de Martin Parr pour sa peinture de la société moderne à travers ses clichés. Peux-tu nous parler de ton entreprise ? Moka studio est né en 2006, je bossais alors beaucoup pour le secteur public à Nantes, et depuis j’ai énormément diversifié mon activité et ma clientèle. Je fais des chartes graphiques, du webdesign, de la signalétique, de la maquette, et un peu d’animation. Mais on ne peut pas parler de Moka sans parler de ceux avec qui je bosse en groupement depuis quelques années maintenant : Eno Krüger, Eclinical, Ssoneo et Ustensiles. J’ai commencé par du calebut’ café clope à domicile, on a ensuite décidé de bouger dans les halles alstom avec Eno, histoire de s’habiller le matin ! Choix judicieux qui nous a amenés à ce qu’on fait ensemble aujourd’hui. Tu es un des papas de radio Prun’ et tu as été À l’origine de nombreux projets culturels, associatifs … Racontes nous un peu cette période. Ah là là... le feu sacré !... C’est cette période qui m’a totalement formé, je sortais de la Fac de sciences où je ne savais pas trop quoi faire de ma peau, et je suis tombé sur une petite équipe de fêlés qui avaient récupéré une 01V et 3 micros pour faire de la radio sous les gradins de la patinoire. J’ai tout lâché pour ça et ça a été une aventure de malade. De là a démarré mon goût pour l’engagement, le ‘do it yourself’ et la volonté de faire bouger la ville. On a monté 6x7, une asso qui créait pas mal d’événements décalés, Okdude, un micro label pour faire partager notre amour du beat, et on a participé à pas mal de projets de concerts, soirées, festivals et autres. Cette période a été extrêmement riche en aventures humaines, en rencontres, en bouillonnement intellectuel, ça foisonnait d’idées et d’envie de se battre pour une juste cause. Comment te vois-tu dans 10 ans ? Hum... Aucune idée, dude. Secoue moi si tu me retrouves en charentaises devant le bigdil ! Quel est le projet (pro, perso) pour lequel tu as pris le plus de plaisir à travailler ? Prun’ a été un moment de grâce comme rarement on en aura dans une vie je pense. Une équipe de tarés, une spontanéité, une envie commune de se battre qui ont fait qu’on a déplacé des montagnes et vécu des moments incroyables. Bravo à ceux qui entretiennent le flambeau depuis ces années. Que veut dire Soul Clap pour toi ? Tu soul, tu clappes, tu soul clap, non ? Je dirais d’abord que c’est une volonté de partager un bon moment entre potes et de se décrasser les oreilles avec du bon son. C’est organisé aux petits oignons à chaque fois et ça donne vraiment de pures ambiances. Comment qualifierais-tu ce que tu as fait pour le flyer d’Avril ? J’ai voulu faire un visuel chaleureux et sobre à la fois, avec de la texture et une typo faite maison au recto. Connais-tu les graphistes qui ont oeuvré avant toi ? Pour sûr mon tabernac’ ! Ce sont des gars avec qui j’ai appris à bosser (Eno, Mr G, Strom, Doberman...) et pour qui j’ai beaucoup de respect. Ce sont des tueurs et pour le coup de vrais artistes. Un message … Le mot de la fin ? Merci aux gars de la Soul Clap, ça fait du bien de bosser sur ces projets, et rendez-vous le 1er avril au Ferrailleur ! Allez, bisous. |
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