L'interview de Fisto
Photo par Paul Kemler
Avec son nouvel album Futur Vintage, dont la sortie est prévue dans le courant de l’année, Fisto est prêt à apporter une bouffée d’air frais au rap français. Entretien avec ce MC qui milite pour un rap chaleureux et humain. Retour sur une carrière mouvementée.
Raconte nous tes débuts dans le rap, c’était avec le groupe la Cinquième Kolonne ? C’est une aventure qui à commencé en 98-99, avec le rappeur Piloophaz. A la base, l’idée était de monter un collectif qui représente un courant alternatif dans le hip hop. On a eu envie d’être en rupture avec le rap français qui se développait à ce moment là. D’où le nom Cinquième Kolonne, une technique d’infiltration militaire qui consiste à s’habiller comme l’armée adverse pour s’infiltrer dans les rangs. On s’est lancés avec une idée très jeune et très naïve de vouloir sauver le rap français. Le groupe s’est arrêté en 2003, notamment à cause de divergences d’opinion. Peux-tu nous parler de ton aventure sur Skyrock ? En 2003, j’ai été contacté par Sony Music pour l’opération « Max de 109 » qui visait à faire découvrir des artistes rap sur l’antenne de Skyrock. Assez vite je me suis rendu compte que le projet ne pouvait pas marcher avec Cinquième Kolonne, par rapport aux propos que l’on pouvait tenir et à l’éthique que l’on avait. Je me suis décidé à tenter l’aventure en solo, avec mes propres textes, avec à la base l’idée de profiter de l’heure mise à ma disposition sur Planète Rap pour avoir un peu de visibilité, et assoir mon nom au niveau national en dehors de Cinquième Kolonne. Il se trouve que le morceau « Juste un loser » a été plébiscité par les auditeurs, je me suis donc retrouvé sur la compilation « Max de 109 » avec des contrats de majors, alors que je n’avais aucune idée de ce que pouvait être le business de la musique. On m'a ensuite demandé de maquetter plusieurs titres, j’ai travaillé alors avec 20syl et Greem d' Hocus Pocus. Quand j’ai rendu la maquette du projet, on m’a dit : « c’est super mais il manque un morceau accrocheur, rigolo », l’aventure en major s’est donc arrêtée là. Quels souvenirs en gardes-tu ? Je ne regrette pas du tout l’expérience, ça a aiguisé ma vision du monde de la musique. Je suis sorti du regard « tout noir, tout blanc » que je pouvais avoir avec Cinquième Kolonne. J’ai rencontré des requins et des gens très bien chez Sony, et à contrario j’ai vu des gens qui me soutenaient dans l’underground me cracher dessus du jour au lendemain. Ca m’a donc permis de sortir de cette vision binaire et de chercher un chemin de traverse entre l‘underground et le truc complètement commercial, de trouver comment je pouvais naviguer au milieu pour vivre de ma musique. Tu as ensuite fondé le groupe Sofa So Good, peux-tu nous en parler ? Après l’aventure Skyrock, je me suis retrouvé un peu le cul entre deux chaises : j'avais perdu le statut de rappeur underground que j’avais avec Cinquième Kolonne, et je n'avais pas été révélé suffisamment au grand public pour avoir les coudées franches. J’ai eu envie de tenter autre chose, et l’idée d’un hip hop acoustique me tentait depuis un moment. Je me suis donc lancé dans l’aventure Sofa So Good avec des personnes du conservatoire de Saint-Étienne, un projet qui occupera trois ans de ma vie. Tu as aussi fait une tournée en Chine, comment as-tu eu cette opportunité ? C’est arrivé un peu par hasard, il se trouve que je suis parti en Mongolie pour un festival grâce à la manageuse de Sofa So Good. C’est un festival qui tournait autour de toutes les pratiques vocales, avec l’idée de faire des échanges entres des Mongols et des Français, dans des registres différents. Une des responsables de l’Alliance Française a assisté au concert en Mongolie et m’a proposé de faire la tournée en Chine l’année suivante. Je suis donc parti là-bas avec Nemo, un MC / DJ de Grenoble, pour faire douze dates en trois semaines, chose que je n’avais jamais faite en France. Ta meilleure scène ? Sur le plan artistique et personnel, c’est justement cette tournée en Chine. Je me souviens notamment d’une date qui se tenait dans un amphithéâtre, avec des miliciens en casques noirs et gants blancs, qui étaient responsables de faire assoir les gens qui se mettaient debout ! On s’est dit qu’on allait créer un incident diplomatique, mais au final tout le monde bougeait, et on a même réussi à faire participer les miliciens qui criaient des « One Love » et des « Hip hop music » à tout va ! Toute la tournée restera vraiment comme une superbe expérience. Tu seras présent aux côtés de Dj Atom à la soirée Soul Clap, que pensez-vous présenter ? Je veux développer le coté DJ / MC à l’ancienne, avec pas mal d’interactions avec le public, vraiment énergique. Et puis avoir Atom derrière soit, c’est vraiment un confort incroyable pour un rappeur ! Peux-tu nous parler de ton projet d’album solo et de ta collaboration avec Soul Square ? Quand j’ai commencé mon projet, j’étais en contact avec plusieurs beat-makers, dont Arshitekt de Soul Square. J’appréciais vraiment les productions qu’il pouvait me proposer, et après avoir écris quelques morceaux sur ses instrus, j’ai décidé de faire tout l’album avec Soul Square, afin d'avoir une unité de son, de traitement, d’esthétique. Je ne voulais pas m’éparpiller à droite et à gauche. Je me suis donc lancé dans l’aventure avec eux il y a environ deux ans, et aujourd’hui le projet est quasiment terminé. L’album s’appelle « Futur Vintage » et sera disponible je l’espère au printemps 2010. Le mot de la fin ? Restez curieux et venez nous voir le 5 février ! Rappeurs favoris ? Slug du groupe Athmosphere et Nas Instru préférée pour rapper ? Récemment c’est Live on Stage de Dilated Peoples Plat préféré ? Tiramisu Thème de prédilection pour tes textes ? Mon vécu et l’amour que je peux avoir pour le hip hop. Propos recueillis par Old Jam. Myspace et blog de Fisto : myspace.com/therealfisto http://pastamanvibrations.tumblr.com |
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